Bruit : impact des décibels sur le cerveau

Publié le 25/06/2016 | Nb Visites : 3587
Le bruit est comme l'air. Il est présent en permanence, beaucoup de citadins ou de travailleurs y sont soumis... Au point d'être devenus inconscients de sa réalité. Celui oui y est confronté en est affecté, consciemment ou pas. à plus ou moins long terme, au risque de voir son équilibre psychique gravement atteint.

Un accident nerveux sur 3, un internement psychiatrique sur 5 sont dus au bruit. Aux États-Unis une compagnie d'assurances a fait insonoriser ses bureaux. Le bruit a baissé de 20 décibels. Les erreurs de calculs ont alors di­minué de 50 %, les fautes de frappe de 30 %. Et le rendement général a augmenté de 9 %.

Des perturbations glandulaires...

Les savants découvrent tou­jours de nouvelles preuves du rapport entre le bruit et de nom­breux désordres psychologiques.
Une exposition prolongée au bruit ou à un son brusque et aigu peut produire des réactions involontaires des systèmes ner­veux, vasculaires, glandulaires. Mais on ne connaît pas officiel­lement l'étendue des réactions physiologiques ou émotionnelles plus subtiles.
Selye, étudiant l'action des stresses, s'est servi de bruits intenses pour tuer des rats. Il a trouvé chez ces animaux des lé­sions caractéristiques des mala­dies de l'adaptation qu'il a attri­buées à de graves perturbations glandulaires.
Les médecins du travail et endocrinologues constatent des troubles vitaux, fonctionnels, glandulaires et sentimentaux de certains ouvriers soumis aux vi­brations relativement peu bruyantes de certaines machines. L'accoutumance aux bruits répé­tés finit par un délabrement de la santé, chez beaucoup de tra­vailleurs.


... aux cas de démence.

Un des responsables de l'As­sociation Américaine, Environmental Protection Agency, dit que l'aspect le plus important du bruit est son effet sur la qualité de la vie. "L'interruption brusque du sommeil et de la conversa­tion, le besoin de hurler dans le rugissement de l'air comprimé ou le tonnerre des marteaux-piqueurs ne sont que des exem­ples isolés des ennuis causés par le bruit, surtout les bruits inutiles et exaspérants que l'on rend responsables de crimes, de suicides et de cas de démen­ce" (1).
Et cette même personne de citer la fréquence des cas d'in­somnie, de mauvais traitements à des enfants, de pertes soudai­nes de patience, de migraines, de dépression nerveuse, enfin d'irritabilité, provoqués par l'in­trusion du bruit dans notre vie privée.
D'autres travaux ont montré que le bruit peut nous rendre introvertis, émousser la sexualité et causer de la maladresse dans l'accomplissement des tâches compliquées. Il faut ajouter que les vibrations inaudibles, les ultra-sons sont les plus dange­reux d'autant plus qu'on ne sait guère les déceler habituellement.


Comment fonctionne l'oreille.

Le son pénètre dans l'oreille externe par le pavillon et fait vibrer le tympan. Cette vibration se transmet du tympan aux 3 osselets successivement : le marteau, l'enclume, et l'étrier; ceux-ci sont dans l'oreille moyenne qui forme une caisse remplie d'air. Le dernier osselet, l'étrier est fixé à l'ouver­ture (fenêtre ovale) qui conduit à l'oreille interne emplie de liqui­de. La vibration qui arrive à l'étrier provoque des ondes qui se transmettent dans le liquide du limaçon, sorte de canal enrou­lé sur lui-même et ayant la for­me d'un escargot. Ce canal spi­rale est constitué de membranes dont l'une, la membrane basilaire, est tapissée sur sa base de 30.000 cellules auditives possé­dant un cil sur leur pôle qui vient se planter dans la gélatine de la membrane tectoriale.
Ces cellules constituent l'orga­ne de Corti véritable organe de l'audition qu'occupe le canal cochléaire ou du limaçon. Le son arrive donc à la fenêtre ova­le, se transmet au liquide de la périlymphe au niveau de la ram­pe vestibulaire. Il se propage tout au long du canal et redes­cend dans la rampe tympanique pour aboutir à la fenêtre ronde. C'est lorsque le son redescend qu'il imprime à la membrane basilaire un mouvement qui se transmet aux cellules de Corti qui se compriment. Le cil des cellules de Corti se trouve ainsi replié. Ceci active la cellule de Corti qui déclenche un influx nerveux se transmettant au nerf auditif et au cerveau.
Mais comment le fonctionne­ment de l'oreille peut-il influen­cer la personnalité entière ? Pour comprendre que le bruit est une des grandes causes de désé­quilibre psychique et affectif il faut faire appel à d'autres no­tions que celles de l'acoustique.


Les relations entre l'ouïe et les glandes.

L'ouïe ne fonctionne pas seu­lement par les éléments nerveux de sa partie interne. Ce sont les glandes endocrines, seules, qui peuvent expliquer les consé­quences du bruit dans nos orga­nismes. Les données endocriniennes qu'a mises à jour le doc­teur Gautier expliquent comment des sons sans intensité (donc ne lésant pas forcément l'oreille) peuvent agir par leur simple dis­cordance ou même leur per­sistance.
La compréhension, l'enregistre­ment et le souvenir des sons entendus s'effectuent par l'inter­vention de deux glandes : la sur­rénale et la thyroïde (2). Pour la première, les oto-rhino-laryngolo­gistes en ont reconnu l'importan­ce depuis peu dans le fonction­nement de l'oreille. Pour la se­conde, son importance est due au fait que tout enregistrement nerveux ne peut se produire qu'avec l'intervention thyroïdien­ne. L'enfant qui apprend à par­ler en entendant les paroles de sa mère, enregistre, par l'action de son hormone thyroïdienne, les vibrations sonores. Celles-ci arri­vent aux cellules de Corti, s'im­priment dans les circuits ner­veux de l'audition par la présen­ce de thyroxine.
La thyroxine est indispensa­ble à tout fonctionnement ner­veux. Les animaux privés de thy­roïde sont incapables d'acquérir des réflexes conditionnés et per­dent rapidement les souvenirs acquis. Un déficit en hormones thyroïdiennes au moment de l'embryogenèse produit un retard considérable de la formation du tissu nerveux cérébral. La sur­rénale nous donne la perception distincte des bruits et des sons graves. Elle nous permet de les enregistrer et de les évaluer. Cette glande est active et déve­loppée chez les grands mu­siciens.
La thyroïde permet principale­ment la perception des sons aigus et ceux de la voix humaine. C'est cette hormone qui permet la fixation du langage. L'enregis­trement du langage est très déficient chez les hypothyroïdiens alors qu'il est très riche chez les hyperthyroïdiens.


Le processus de reversibilité

Il existe donc une très étroite collaboration neuroglandulaire au niveau de l'ouïe. Or, il y a dans tout processus physiologique, des phénomènes de réversibilité. Ainsi les sons graves qui ont nécessité l'intervention surrénalienne pour leur enregistrement dans le cerveau, vont être capables de provoquer des modifications très importantes des fonctionnements de la glande surrénale. Le même phénomène se produit pour la thyroïde avec les sons aigus. Cette réversibilité est rendue possible par les voies nerveuses efférentes qui partent du cortex et se rendent aux cellules de Corti, tandis que les voies afférentes partent de l'organe de Corti pour se rendre au cortex cérébral.
C'est en raison de ces actions endocriniennes dans le fonctionnement de l'ouïe que les bruits vont donc, à leur tour, selon leur force, créer des dysfonctionnements glandulaires dont la gravité peut conduire à certains états dépressifs ou à la démence.


Deux glandes sont concernées

Les bruits très violents, à gros volume de sonorité, provoquent souvent la surdité. Mais ceux qui n'en deviennent que durs d'oreille peuvent subir une bais­se de leur état vital de leur ca­ractère selon la réaction de la surrénale. Si la surrénale se met en hypofonction, le sujet est apathique, pessimiste, triste, parfois angoissé. Il sera enclin à cher­cher dans la boisson et l'alcool un moyen artificiel de se don­ner des forces.
Habituellement, la surrénale se place en hyperfonction entraî­nant des désordres du caractère et des organes : vasoconstriction, sclérose des vaisseaux, artérite des membres et des coronaires et hypertension qui peut déterminer des hémorragies cérébrales, pulmonaires ou intestinales. Au point de vue du caractère, le sujet devient insociable, dur pour les autres, autoritaire, violent. Si l'activité surrénalienne est intermittente ou présente des faiblesses, le sujet aura tendance à certaines anomalies sexuelles pour entretenir une excitation vitale défaillante.
Les bruits graves, de tonalité normale mais répétés, agissent sur les ouïes très sensibles à l'hormone surrénalienne. L'oreille en est perturbée. Ce fut le cas d'un grand nombre de compositeurs, tels Beethoven. Chez d'autres, il y a tendance à l'instabilité surrénalienne. Lorsque la glande est en état de faiblesse, il peut y avoir un désir d'auto-punition et de suicide. Les sons bruyants, intenses et dysharmoniques, malmènent aussi la glande génitale interstitielle, glande qui, selon le docteur Jean Gautier nous confère nos possibilités de liberté envers le milieu ambiant, et nos possibilités de volonté. Ce qui fait penser à une atteinte de l'interstitielle, c'est que les sonorités graves, mélodieuses, harmoniques, à lentes variations, amènent l'apaisement, le calme, l'élévation d'esprit, facultés caractéristiques de l'interstitielle. Il est normal de penser que les sons dysharmoniques mettent en insuffisance interstitielle.


L'intensité du bruit n'est pas seule à être en cause.

Comme pour la surrénale, la thyroïde peut réagir par l'hypofonction ou par l'hyperfonction. Si le bruit est énorme, la thy­roïde peut s'arrêter brusquement ; tous les organes végéta­tifs s'arrêtent et c'est la mort. Une hypothyroïdie progressive survient par la répétition du bruit dans certaines petites industries : bruits de dynamos, de scies cir­culaires, de machines à bois, de polisseuses, etc. C'est la répéti­tion incessante et la monotonie de ces bruits qui finissent par créer cette hypothyroïdie. Les su­jets sont fatigués, frileux, doulou­reux. Ils sont maussades, sans entrain, sans énergie ni décision.
Ils peuvent dans cet état d'affai­blissement contracter toutes les maladies.
L'hyperthyroïdie est plus fré­quente. Elle peut survenir avec les bruits stridents, aigus, les explosions de petits moteurs, les sirènes, les avertisseurs, les fra­cas des métros, etc. C'est surtout le changement de tonalité, d'in­tensité et de timbre, leur varia­tion, leur cacophonie, qui agis­sent sur la thyroïde en exerçant ce que Selye appelle des stresses.
Le sujet atteint d'hyperthyroïdie est fébrile, excité, irritable, hyperémotif.
Les atteintes par le bruit peu­vent produire des états d'instabi­lité thyroïdienne : le sujet est plein d'entrain un jour, fatigué un autre ; gai aujourd'hui, triste demain, désagréable et souriant...
Tous ces troubles fonctionnels de la surrénale et de la thyroïde sont les pourvoyeurs de la dé­mence. Des hallucinations de l'ouïe peuvent survenir. Le sujet entend alors des bruits et des paroles à thèmes de persécution. Mais avant que de tels troubles surviennent, on est déjà prévenu du déséquilibre par maints pe­tits signes de désadaptation dont il faut se préoccuper. La premiè­re chose est de se soustraire aux bruits.
Sachant les méfaits physiolo­giques du bruit répété, chacun sera à même de se protéger le plus possible. Il faut surtout espé­rer que les pouvoirs publics agi­ront, aidés en cela par l'informa­tion transmise (ou qui devrait l'être) par les médecins.


Du mixer au supersonique

Le son se mesure en décibels (dB). Le décibel est la plus petite différence d'intensité que l'oreille humaine normale peut percevoir entre deux sons. Par exemple, une conversation dans une ambiance assez calme peut atteindre 50 dB ; le bruit de la circulation peut monter à 80 dB. Tout son dépassant 80 dB est considéré comme gênant. La cote de danger est à environ 90 dB (gros camion, mixer à 50 cm). Le son devient doulou­reux à partir de 120 dB (avion très proche, marteau-piqueur non insonorisé...) Mais il y a, de plus, les problèmes de la surprise et de l'accoutumance. Les effets du bruit ne sont pas les mêmes selon la forme du bruit, son intensité et sa durée, toutes notions à prendre en compte pour évaluer les dégâts physiologiques qu'il occasionne.
Mais qu'est-ce que le bruit ? Ce sont des ondes sonores, c'est-à-dire des vibrations se déplaçant dans le milieu aérien. Selon la forme des ondes qui atteignent l'oreille, les sons sont agréables (musique) ou désagréables. Ces ondes peuvent être différenciées en sons et en bruits.
Les sons sont produits par des vibrations ayant une périodicité définie : par exemple le son d'une corde vibrante, une voyelle du langage parlé ; tandis que les bruits sont produits par des vibrations sans périodicité. Par exemple : le sifflement du vent, un coup de frein. Graphi­quement, on peut traduire les ondes sonores par une courbe sinusoïdale.
Le nombre d'ondes par seconde correspond à la fréquence que l'on mesure en hertz (Hz). Lors­que le son possède une seule sinusoïde, c'est un son pur (dia­pason). Mais habituellement les sons sont complexes et se con­centrent en plusieurs sinusoï­des. On distingue donc les sons résultant d'ensembles désordon­nés de sinusoïdes et ceux dont les sinusoïdes ont entre elles un rapport numérique simple. Les premières donnent les bruits. Les secondes donnent les sons musicaux où les sinusoïdes peu­vent s'harmoniser entre elles.
En physiologie on n'étudie guère que la perception des sons. Pourtant, biologiquement, la perception des bruits est beaucoup plus importante que celle des sons. Les physiologues ont donc un grand intérêt à pousser les recherches dans ce sens.

(1)Linda Pembrook, Comment vaincre sa fatigue, éd. Le Hameau (2)Voir Freud a menti, appendice, docteur Gautier, éd. C.E.V.I.C.

Jean du CHAZAUD La vie claire Décembre 1979