L'opothérapie

Publié le 25/06/2016 | Nb Visites : 8141

La vie moderne a multiplié les exigences d'adaptation. Ces exigences ont fini par dépasser peu à peu nos possibilités physiologiques glandulaires qui président à cette adaptation. L'ensemble de ces troubles ainsi créés est à l'origine des « maladies de civilisation » qui laissent la médecine dans une grande perplexité. C'est la vie et le mode alimentaire qu'il faudrait changer.

On a pensé que la médecine a fait de très grands progrès parce que les grandes maladies ont ré­gressé grâce aux antibiotiques, à l'hygiène, à la prophylaxie... Pour­tant le nombre des malades et ce­lui des médecins augmente. Si le nombre des grands malades se sta­bilise ou décroit, celui des « pa­traques », des anxieux, des « ner­veux » augmente constamment sans parler des prédisposés aux névro­ses et aux maladies mentales qui sont des « nerveux » à un échelon supérieur.
Jadis on a connu la peste, le cho­léra, la variole, l'influenza. Ces maux ont presque disparu. En revanche les civilisés sont atteints de trou­bles particuliers, difficilement maî­trisés car mal connus. En réalité nous sommes en présence de ma­ladies de l'adaptation.
Carrel le premier a signalé la dif­ficulté que présentaient nombre de sujets à s'adapter aux conditions de la vie moderne. Cette vie mo­derne, cette existence facile s'ac­compagne d'une alimentation peu appropriée et mal équilibrée.
Un bon fonctionnement organi­que et glandulaire ne peut passer que par une bonne alimentation, d'où sont éliminés d'abord les toxi­ques, les graisses cuites, les vian­des... Ce bon fonctionnement sera surtout acquis par une nourriture vitalisante avec une quantité im­portante de légumes crus et fruits, de pain et de céréales complètes, etc.


Aller toujours plus vite.

Le genre de vie que nous im­pose aussi le progrès contribue gravement à nos troubles. Nos exis­tences s'accompagnent d'une conti­nuelle préoccupation du temps, d'un véritable défi contre la mon­tre. Nous sommes obligés de nous précipiter et tous nos mouvements tendent à la rapidité. Les repas sont engloutis afin de repartir à nos occupations à l'heure. Les en­combrements de la circulation ou un retard d'horaire des transports en commun nous obligeront encore à presser le pas.
Comment agissent toutes ces for­ces, les unes favorables et les au­tres contrariantes ? D'après Selye, père des maladies de l'adaptation, ce serait la surrénale et l'hypophyse qui seraient atteintes. Pour l'école française c'est le système nerveux.
Les arguments qu'ils apportent les uns et les autres sont faibles et ne résistent pas au fait que c'est sur la thyroïde que se portent presque toujours les atteintes des influences de la vie moderne. Les forces favorables peuvent nous être d'ailleurs aussi pernicieuses que les contraires.
Pour comprendre comment cette glande est victime d'une existence à laquelle nous nous adaptons assez mal, il suffit de savoir que cette endocrine est à la base de toutes les possibilités de vie de re­lation. Aussi les Egyptiens la re­présentaient-ils par un soleil placé devant le cou. Ce symbolisme nous indique la valeur vitale qu'ils atta­chaient à cette glande. Elle était pour eux synonyme de la vie au même titre que le soleil.


La thyroïde à rude épreuve.

La thyroïde est active pour tout ce qui change, ce qui est nouveau et inédit, ce qui rompt les habi­tudes, pour toutes les sensations vives et agréables tant au point de vue visuel qu'auditif. Il en est de même des sensations tactiles, des caresses, d'une chaleur douce et, en général, de tout ce qui nous plaît et facilite notre existence.
C'est encore de la même façon qu'agissent sur nous la vitesse et en particulier la conduite automo­bile. Les déplacements rapides procurent une certaine euphorie à laquelle s'ajoute le changement de paysage. La thyroïde s'en trouve excitée au point que certains con­ducteurs se laissent griser par la vitesse, perdent leur maîtrise et peuvent devenir des dangers pu­blics.
D'une manière similaire agissent aussi les stupéfiants. L'opium, la morphine, la cocaïne, le haschich, l'alcool : ils excitent d'abord la thyroïde, ce qui donne du plaisir à l'intoxiqué. Par la suite, cette même glande s'en trouve perturbée, les excitations continuelles finissent par la placer en hypofonction, c'est alors la déchéance et la mort. De la même façon agissent encore le café et le tabac.
La vie moderne avec sa nécessité d'exactitude nous crée un continuel souci d'être à l'heure. Il faut se presser, marcher vite, s'exprimer de même. Toute cette accélération vi­tale met la thyroïde à rude épreuve. Souvent elle est obligée de s'activer. Elle s'hypertrophie fonctionnellement pour faire face aux néces­sités d'agitation et de fièvre.
Le cinéma, la radio, les affiches lumineuses ont une influence quasi identique sur cette glande.

Des excitations incessantes.

Vision, lumière et obscurité, chan­gement constant de paysages et de personnages, action mouvementée, sentiments multiples et originaux, voix humaines et musique sont au­tant d'éléments excitant la thyroïde. Ainsi s'explique le succès du ciné­ma sur toutes les parties de la terre. Il en est de même à un de­gré moindre pour les publicités lu­mineuses et les devantures savam­ment éclairées, etc.
Toutes ces influences tendent à déterminer une mise en activité de la thyroïde. Si elle est passagère ou si à l'excitation succède le calme, l'équilibre se rétablit rapidement, la glande n'en est pas trop affectée. Quand les excitations se succèdent sans arrêt et que le sujet pour maintenir sa vitalité, les recherche, la thyroïde prend un régime fonctionnel qui aboutit à l'hyperthyroïdie. Il peut arriver aussi que chez les sujets dont la thyroïde fonctionne au ralenti, cette dernière se place en hypofonction. Enfin dans d'au­tres cas, les plus nombreux probablement, la thyroïde passe alter­nativement d'états d'activité à des états d'hypofonction : c'est l'ins­tabilité thyroïdienne. Passons en revue rapidement ces divers états pour nous arrêter ensuite à une forme paradoxale et nouvelle, c'est-à-dire celle où l'hyperthyroïdie présente presque tous les symptômes de l'hypothyroïdie.


Les états glandulaires.

L'hypothyroïdie se caractérise par un ralentissement général de toute la vitalité : c'est un état de dépression provenant d'une insuf­fisance des oxydations cellulaires. Cet état est aussi bien physique qu'intellectuel et se rencontre dans tous les domaines fonctionnels. Il se caractérise, comme tous les au­tres états endocriniens, par la fri­losité et les douleurs.
La fatigue peut être grande. Elle cesse devant les nécessités de la vie ou les plaisirs. Elle n'empêche pas l'enfant de s'amuser mais il fera à cause d'elle de mauvaises études. La frilosité peut être générale ou lo­cale, siéger à la tête, aux mains, aux pieds, dans le dos, les reins. Elle peut être constante ou inter­mittente et subit les influences de l'humidité, de la sécheresse, des courants d'air.
Tous les cas endocriniens sont douloureux. Leurs sensations sont très variables et peuvent aller des brûlures aux « coups de poi­gnard ». Elles simulent souvent les rhumatismes. Ces sensations ne sont guère persistantes, elles se dé­placent facilement ne siégeant pas forcément aux articulations.
Les douleurs se localisent le plus souvent dans le dos, les reins, les épaules, le cou et la tête. Chaque malade présente un genre de dou­leur qui lui est personnel et dont il est souvent difficile de préciser l'origine, car l'insuffisance thyroï­dienne n'est pas seule à les provo­quer, la surrénale, l'hypophyse et même la génitale y participent aus­si.
Dans ces cas d'hypothyroïdie, le cœur et les poumons sont générale­ment les moins touchés, contraire­ment à l'appareil digestif. La thyroxine est indispensable à la di­gestion. Celle-ci est lente, laborieuse et s'accompagne de somnolence ; elle peut se prolonger longtemps avec des ballonnements, des pesan­teurs, des spasmes, des fermenta­tions, de la fétidité, de la constipa­tion, plus rarement des diarrhées. Les embarras gastriques sont fré­quents. On accuse à tort le foie et la vésicule. Au point de vue psy­chique, l'hypothyroïdien est hési­tant, il parle difficilement. Il cher­che ses mots, les idées lui viennent avec retard, sa mémoire est mau­vaise.


Le dérèglement essentiel.

Si l'hypothyroïdie est principale­ment congénitale, l'hyperthyroïdie est la plupart du temps la consé­quence des conditions de vie mo­derne. C'est la thyroïde qui sup­porte à notre époque les plus durs assauts. Les preuves de ces faits sont cliniques et expérimentales (travaux d'Ekoff). Elle provoque chez certains des états voisins de la maladie de Basedow, sauf l'exophtalmie.

Bien souvent, le tableau n'est pas complet et parfois un système ou un organe sont seulement atteints : le cœur, l'appareil digestif. Dans ces derniers cas on soigne surtout l'organe et on oublie la glande responsable. Une règle souffre de peu d'exceptions : toutes les fois qu'un malade est catalogué comme « ner­veux », toutes les fois qu'un méde­cin utilise ce mot pour désigner un état de fonctionnement perturbé, les manifestations d'un mauvais ca­ractère, on peut penser que l'origine de ces troubles plus ou moins mor­bides réside dans la glande thy­roïde.
Le thyroïdien se caractérise par une grande vivacité qui se retrouve dans toutes ses activités métaboli­ques, physiologiques, émotionnelles, de vie de relation ou intellectuelle. Le thyroïdien a un cœur qui bat vite ; il respire et digère vite, éli­mine rapidement les liquides qu'il boit. Il pense et parle vite, com­prend à demi-mot, est doté d'une excellente mémoire. Sa sensibilité est exquise, ses sens perçants, sa vitalité grande. Il aime beaucoup la vie, son intelligence est vive et in­tuitive.
L'hyperthyroïdien présente les mêmes tendances mais avec exagération, désordre, déséquilibre qui s'affichent dans les divers systèmes fonctionnels : le cœur est souvent atteint. Ce dernier reflète nos senti­ments. Quand une sensation est agréable et cause du plaisir, il s'accélère ; quand quelque chose nous déplaît, il se ralentit. Il subit les mêmes variations fonctionnelles que la thyroïde qui le commande.
Tous les deux sont la base de nos amours comme de nos répulsions.
Le couple cœur-thyroïde fonctionne de concert. Les émotions qui agis­sent fortement sur la thyroïde dé­sorganisent facilement le cœur. Celui-ci présente des accélérations au moindre effort. Les poussées de pal­pitations finissent par amener l'ary­thmie. Le cœur fatigué se repose par intermittences. On voit aussi parfois une dilatation cardiaque parce que le cœur saturé en quel­que sorte de thyroxine finit par manquer d'hormones surrénaliennes qui lui donnent son tonus et sa fermeté musculaire.

 

Douleurs multiples et signes paradoxaux.

On peut rattacher à ces troubles circulatoires les migraines et les maux de tête ; ils sont très fréquents chez les hyperthyroïdiens qui les présentent souvent depuis leur enfance. Les hyperthyroïdiens fournissent le contingent le plus important des migraineux. Ils souf­frent de vertiges, de vomissements, de photophobie. Les accidents sont dûs en grande partie à l'influence de la thyroïde sur la vasodilatation intracérébrale.
Il n'est pas inutile de s'arrêter sur ces douleurs qui sont souvent la source d'actes opératoires peu ou pas motivés. Des auteurs ont sou­vent signalé des douleurs appendiculaires provoquées en fait par un organe beaucoup plus sain que ma­lade. Il en est de même de la vési­cule biliaire et des ovaires. L'esto­mac est aussi concerné par ce genre
d'opération. Il existe aussi des hyperthyroïdies à forme respiratoire avec essoufflements, des bronchites à ré­pétition, de l'asthme, des prédispo­sitions à la tuberculose.
Les hyperthyroïdiens éprouvent parfois des douleurs de la manière la plus étrange. Ils ont une boule qui va de la gorge à l'estomac, des coups de poignard au cœur ou dans le dos. Ils souffrent parfois des reins au point de ne pouvoir bou­ger. Ils connaissent des constrictions laryngées, des barres dans la poitrine, dans les reins, des spas­mes, des crampes, des brûlures, des douches écossaises, l'impression d'avoir des glaçons dans le dos, ou sur la tête. Le cuir chevelu peut être douloureux et très sensible. Certaines douleurs simulent l'at­teinte d'organes : ovarites, vagini­tes, cystites. Ces états peu confor­tables subissent plus ou moins les effets de la suggestion et des émo­tions qui les aggravent.
Signalons aussi les instables qui passent successivement par des états d'hypo et d'hyperthyroïdie. Par moment ils veulent tout entre­prendre, débordent d'énergie. On les voit gais, vifs, optimistes. A d'au­tres moments, ils sont indifférents à tout, sans force et sans ressort, fatigués, lents ou tristes, pessimis­tes et leurs fonctionnements subissent les mêmes tendances opposées. Ils respirent avec aisance et digè­rent bien quand ils sont gais, s'étouffent, connaissent des embar­ras gastriques, de la constipation quand ils sont tristes.
Mais les signes les plus curieux et les plus déroutants pour le mé­decin sont les signes paradoxaux. Pour la médecine, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Mais en endocrinologie, le même état de dysfonction glandulaire peut s'ac­compagner de signes complètement opposés. Cette possibilité qui s'élève contre une certaine logique provient de l'état d'équilibre qui régit nos organismes.
Lorsque les signes d'un état en­docrinien sont très accusés en hypo ou en hyper, ils peuvent se ressem­bler et revêtir une forme absolu­ment identique. Les hyperthyroïdies à forme paradoxale sont plus nom­breuses qu'on ne l'imagine. Elles augmentent d'ailleurs avec l'évolu­tion de la vie moderne. Si les au­tres glandes peuvent être atteintes dans tous ces troubles, elles ne le sont que secondairement, la pre­mière touchée étant la thyroïde, glande de l'adaptation.


Remèdes.

Comment remédier ? D'abord, re­venir à une alimentation rigoureuse­ment saine. Supprimer tout toxi­que, les grandes fatigues, les veil­les, toute sexualité exagérée. Prati­quer un peu d'exercice physique dans la mesure de ses moyens. Si ces mesures se révèlent insuffisan­tes il faut recourir aux soins opothérapiques (médecine dont les soins sont à base d'extraits de glan­des). Seuls, il peuvent parfaire, quoique avec lenteur, un équilibre glandulaire que, parfois des années de disfonctionnement ont détruit.
Il faut dire que l'opothérapie n'est absolument pas toxique elle est sans aucun inconvénients ni accoutumance. Des générations de médecins l'ont pratiquée avec grand et réel succès. L'opothérapie, par extraits naturels, ne constitue nul­lement une prothèse médicamen­teuse artificielle. Mais plutôt un tu­teur bienveillant qui agit lentement sur l'organisme détraqué pour l'in­fléchir vers l'harmonie glandulaire. Elle agit donc comme une fonction de « réamorçage » d'un organisme malade et non comme une substi­tution artificielle stérile. Une fois « réamorcé » l'organisme retrouve définitivement l'équilibre. Mais il faut parfois quelques années.
Toutes les satisfactions obtenues dans la généralité de ces résultats, récompensent largement les diffi­cultés, d'autant plus qu'un traite­ment glandulaire naturel, bien me­né, appuyé sur une alimentation saine et une vie équilibrée est dans la majorité des cas une assurance contre la maladie et contre les dif­ficultés de la vie moderne.


Jean du CHAZAUD. La vie claire Octobre 1980