Pour quand la reconnaissance des travaux du Docteur GAUTIER ?

Publié le 25/06/2016 | Nb Visites : 1338
Article paru dans le journal "la Vie Claire" en décembre 1977

Je me suis longtemps demandé pourquoi des travaux aussi fé­conds pour la connaissance de l'homme et aussi importants par l'étendue des recherches — puis­qu'ils vont de l'étude d'un enregis­trement nerveux jusqu'aux mystè­res cachés des civilisations — avaient été délaissés par la science officielle. Évidemment, l'idée, ô combien classique du « génie in­compris » suscité avec cent ans d'avance sur son temps, restait pour moi le cliché habituel qui, seul, pouvait en donner une expli­cation globale.
Mais une telle dérobade était loin de fournir une explication suffisante du phénomène GAUTIER : ses ma­nuscrits totalisent environ 5000 pages et il a passé une grande partie, de sa vie à soigner, à améliorer, à guérir des cas impossibles de la médecine, allant des grands allergiques aux déficients mentaux, par le moyen de méthodes ne brus­quant pas la nature. Il fallait bien penser que toutes ces idées avaient quelque lien avec la vérité scienti­fique qu'il cherchait.
Ce génie dont la puissance de synthèse était peu commune, à l'ins­tar de Carrel, a éclairci des pro­blèmes qui feront encore longtemps l'objet de recherches assidues si le monde contemporain ne daigne toujours pas se pencher sur ces tra­vaux : par exemple, la constitution du psychisme humain (expliquant les phénomènes psychosomatiques) où subsistent encore tant d'incon­nues, l'influence de chacune de nos glandes dans la valeur de nos pen­sées et dans nos aptitudes intellec­tuelles, celles des surdoués en par­ticulier, ou bien encore le pourquoi des périodes glaciaires correspondant à l'avènement de l'Homme Thyroïdien qui fut à l'origine du langage, etc.
Je me suis aussi demandé si une pareille désertion officielle pour des travaux apportant une solution au mystère humain ne provenait pas du style ou du mode d'expression laborieux du docteur Gautier, chose qui lui fut reprochée parfois, à juste titre. En effet, expliquer l'Homme avec des fonctionnements glandulaires sans y adjoindre les nuances requises nécessitées par l'alliance corps-esprit a tôt fait de faire croire à un mécanicisme irre­cevable, digne émule d'un matéria­lisme patent. Pourtant, il suffisait de rencontrer le docteur Gautier pour ressentir aussitôt combien il était soucieux des valeurs spiri­tuelles authentiques. Mais la philosophie avait-elle son mot à dire dans des considérations scientifiques ? Déjà, la difficulté se préci­sait ici : la méthode scientifique classique, faisant appel essentielle­ment à l'analyse et à l'expérimenta­tion, me semblait inapte à considé­rer « l'objet humain » au même titre que l'objet des sciences physico-chi­miques. Le psychisme, une pensée, une émotion ou une adaptation ne pouvaient décidément pas se glisser entre deux lamelles, sous l'objectif d'un microscope électronique. Il me semblait alors terriblement évident que l'étude de l'Homme ne pouvait, foncièrement au moins, s'accommoder de la méthode expéri­mentale qui ne peut servir qu'à des vérifications, à des confirmations ou à des infirmations. D'aucuns pen­seront à une lapalissade car il faut bien que l'intelligence dirige une expérience, mais il suffit d'un peu d'observation et de quelque étude pour s'apercevoir que l'intelligence est devenue, paradoxalement, la vas­sale de la méthode expérimentale omnipotente alors que c'est évi­demment la méthode qui doit être la serve de l'intelligence directrice. L'orgie d'éprouvette est devenue, pour I'étude spécifique de l'Homme, une tentation permanente du sa­vant. Il semble en effet qu'un fait expérimental soit aussitôt paré de l'auréole de la vérité scientifique, ce qui a pour effet de voir se multi­plier les expériences. Ainsi l'illusion est forte d'augmenter prodigieuse­ment nos connaissances. Malheu­reusement, il ne se trouve pas de fait expérimental en physiologie qui ne puisse être contredit par un au­tre fait expérimental l'infirmant, parfois, après l'avoir confirmé dans un premier temps : misères des conditions expérimentales. Par exemple, le fœtus privé d'hypo­physe continue-t-il sa croissance ? La décapitation par rayons X chez la souris laisse au fœtus une crois­sance normale. Mais Heggstad a montré une nette réduction de la croissance chez un fœtus dont la mère est hypophysectomisée. D'au­tres expériences ont montré que des fœtus anencéphales (donc sans hypophyse) peuvent présenter une croissance normale ; et bien que, pour le macaque, on n'observe pas de diminution de croissance du fœtus après ablation hypophysaire de la mère, les rattes gestantes aux­quelles ont été administrés des extraits hypophysaires donnent naissance à des fœtus géants, etc. Les faits s'infirment et se confirment les uns les autres sans qu'on puisse comprendre pourquoi, ce qui va inciter à corser et à multiplier les expériences pour percer la con­tradiction. C'est le tonneau des Danaïdes expérimental. Les exemples peuvent être multipliés.
Or, comme le disait le docteur Gautier, seules, la réflexion, la mé­ditation et l'esprit de synthèse sont les moyens réels et vraiment nécessaires à une découverte sur le fonc­tionnement humain, car il faut te­nir compte, chez l'Homme, de son corps mais aussi de son esprit. Et pour ce qui concerne l'esprit, la méthode scientifique n'y trouve pas son objet, d'où la distance qui s'im­pose vis-à-vis d'une telle méthode dans le "phénomène humain".
C'est cette mentalité intellectuelle essentiellement synthétique qui amena le docteur Gautier à prendre connaissance d'une foule d'éléments qu'il voulut vérifier car certains faits analytiques ne présentaient pas une parfaite homogénéité ni une parfaite logique. Par exemple, la conception du système nerveux omnipotent et souverain lui sembla devoir être révisée à maintes re­prises, car, à l'évidence, dans de nombreux phénomènes vitaux, ce système nerveux était nettement se­condaire voire inexistant : les pu­bertés, la croissance, le tractus gé­nital féminin, la reproduction, la ménopause etc. La régulation de l'hypothalamus se trouvait même sujette à caution puisque des expé­riences comme celles de Zéliony (chiens décérébrés) montraient l'existence de tout le fonctionne­ment sexuel sans hypothalamus ; de même, l'absence des régions thalamiques et de la protubérance chez les bébés anencéphales présentant quand même des émotions et un gazouillis, étaient la preuve que quelque chose n'allait plus dans la prédominance universelle de ce fameux système nerveux. Peu à peu, Gautier acquit la conviction de l'importance, seulement relative, du système nerveux, puis il en acquit la certitude. Enfin, il travailla à en établir les preuves irrécusables. Ce n'était pas le système nerveux qui était le nec plus ultra du fonction­nement humain mais les glandes et les hormones, la régulation ner­veuse n'étant que secondaire. Affir­mer cela, c'était assurément se fer­mer toutes les portes.
Gautier fit des conférences et écri­vit surtout de nombreux articles parus dans différents journaux. Des confrères avaient recours à lui lorsqu'ils jugeaient un cas impos­sible. On savait qu'il était un der­nier recours et qu'il pouvait en­core réussir là où tout avait échoué. Deux livres parurent. L'un, « Der­nières et Nouvelles Connaissances sur l'Homme » que La Vie Claire a réimprimé, est un passionnant aper­çu de l'ensemble de son œuvre iné­dite. L'autre, « L'Enfant, ce glandu­laire inconnu » est une sorte de ma­nuel complet de la connaissance approfondie de l'enfant, avec l'ex­plication de ses possibilités physi­ques et intellectuelles en même temps que l'explication de toutes les anomalies et le moyen d'y remédier ; également, pour paraître très prochainement, une démystification de FREUD, très étayée scientifiquement, dont le titre sera : "Freud a menti !".

Jean du CHAZAUD La vie claire Décembre 1977