Psychologie infantile, arriération et carence affective

Publié le 25/06/2016 | Nb Visites : 2593
Les psychologues de l'enfance tiennent de plus en plus compte de l'inter­action des données neuro-physiologiques et du milieu dans l'étude de l'évolution infantile. Celle-ci reste l'enjeu de toute recherche. L'observation récente d'un syndrome affectif grave avec nanisme a enfin mis l'accent sur les rapports étroits existant entre le milieu et les glandes. Mais bien des points restent obscurs. Quant à l'arriération mentale, on ne sait toujours pas ce qu'elle est.

Du 1er eu 8 juillet 1979, Paris accueillait 1.500 spécialis­tes de Psychologie infantile sous les auspices de l'U.N.I.C.E.F. et de l'Université René Descartes (Paris V).
Pour Mme H. Gratiot Alphan-dery, du conseil scientifique na­tional, ce congrès international de Psychologie de l'enfant devait "fournir une preuve convaincan­te et un témoignage lucide du rôle et des progrès de la Psycho­logie dans la connaissance de l'enfant".
Cette confrontation des spécia­listes de l'enfance réunissait des pédiatres, sociologues, ethnolo­gues, linguistes, démographes, neuropsychiatres, etc. Tant il est vrai, écrit Catherine Delsol (Figaro du 22 juin 1979) qu'il apparaît aujourd'hui impossible
de croire que la psychologie peut à elle seule résoudre tous les pro­blèmes qu'elle affronte. C'est donc que la connaissance aboutit forcément à des problèmes pratiques d'application.


Savoir pour savoir ?

On peut se demander en effet quelle est la valeur d'un savoir qui n'aboutirait pas à une appli­cation pratique susceptible d'améliorer notre condition de vie, notre équilibre physique et mental. Cela pose le problème de l'utilité de la science et celui de savoir si l'on cherche pour le plaisir de trouver ou pour accé­der à un mieux être ou à un mieux vivre.
Mais nous pensons que ce luxe onéreux de savoir pour savoir n'a pas été le fait des nombreux savants qui étaient présents au congrès de Psychologie de l'en­fant. La connaissance de l'enfant dans les divers thèmes et sujets du congrès doit évidemment aboutir — tout le monde en est convaincu — à une amélioration pratique des modes éducatifs, de la formation socio-culturelle, pré­scolaire, etc. Bien sûr, des études annexes sont requises comme celles des différents milieux de vie, du rôle du garçon et de la fille, de la conséquence des ca­rences affectives de l'éducation, de la socialisation du nour­risson, etc.
La différence entre garçon et fille fut notamment le thème de discussion animée par Colette Chiland, neuro-psychiatre et psy­chanalyste. On s'est demandé si les différences entre les deux sexes étaient aussi importantes qu'on le croit habituellement au point qu'on a buté, comme l'écrit Évelyne Laurent (Le Monde du 11 juillet 1979), sur la fameuse question : faut-il maintenir, rédui­re ou augmenter les différences éducatives jouant à l'école et dans la famille entre garçons et filles ?
On voit donc ici que les psychologues s'attachent tout particulièrement à l'environnement et au socio-culturel, au point de croire que la différence entre garçons et filles est largement due au contexte éducatif tradi­tionnel.
Le bon sens postulerait plutôt que le contexte éducatif est dû aux différences psychologiques qui caractérisent évidemment les garçons et les filles dans leurs particularités intrinsèques. Il sem­ble donc que ce congrès ait une fois de plus mis l'accent sur l'étude des facteurs qui condition­nent le développement psycholo­gique, culturel et physique de l'enfant sans tenir suffisamment compte des constantes biologi­ques, essentiellement endocri­niennes qui apportent tant de clarté dans la compréhension de l'enfant.
On pense maintenant que les carences affectives, comme nous allons le voir sont liées ou indui­sent des anomalies secrétaires hormonales qui font dépérir l'en­fant, ce que l'Américain Spitz appela « l'hospitalisme ». On arri­ve donc à concevoir actuelle­ment la liaison carence affective et sécrétion hormonale, ce qui est un grand progrès dans la connaissance. Mais les psycho­logues ont bien du mal, vu la séparation des disciplines, à composer avec la psycho-endo­crinologie qui ne ressortit pas à leur domaine propre.
Certes, le combat intellectuel est vivace entre la saisie des données innées (terrain, patrimoi­ne génétique) et acquises (milieu socio-culturel). Mais on aimerait que tout cela débouche sur quel­que chose de plus clair ; et on en reste à l'interaction quelque peu mystérieuse entre les données neuro-physiologiques et l'influence de l'environnement. Cette interaction constitue en effet l'axe sur lequel se constitue la personnalité infantile. Personne ne vient à en douter.


L'enfant est un glandulaire

On peut en effet se demander comment une connaissance de l'enfant où n'est pas fait mention plus explicite des extraordinaires influences des glandes endocrines sur le psychisme et le comportement, peut-elle faire avancer les problèmes posés par la psychologie de l'enfant (1). Que devient la psychologie infantile si le fonctionnement psychophysiologique de l'enfant n'est pas percé à jour, fonctionnement qui s'exprime par les moindres activités, le moindre comportement les moindres réactions ?
On peut s'apercevoir, par cette carence incompréhensible que la psychologie n'a décidément pas franchi le stade descriptif pour aborder enfin les véritables explications. Il ne s'agit pas de fait du réductionnisme mais il s'agit de placer à leur juste niveau des éléments physiologiques capables de fonder ou d'éclairer particulièrement bien des mystères par la croissance et la constitution lente de la personnalité infantile : la tétée, la 1ère puberté, les premiers sourires, colères des nourrissons, les craintes du 8ème mois, les sympathies, les antipathies, le tonus, coordinations préhension-vision, etc.
Si la psychologie fait pratiquement silence sur les fondements strictement endocriniens des diverses manifestations de l'enfant c'est qu'elle est fort mal à l'aise pour s'en « débrouiller » ou bien qu'elle laisse cela à la médecine. En ce cas, la véritable connaissance n'avancera pas si d'un côté se trouvent des psychologues en mal de description, de l'autre des médecins, des psychophysiologistes en butte à leurs diverses mesures de laboratoire qui n'ont jamais expliqué et qui ne sont que de maigres indices.
Il y a près de 20 ans, parais­sait un livre que "La Vie Claire" va rééditer : «L'enfant ce glandulaire inconnu » du docteur J. Gautier. Ce livre est une somme de connaissances inédites d'observations cliniques indubitables. Pourtant, aucune de ces idées n'a cours en psychologie, en pédiatrie. L'ignorance des faits glandulaires mis à jour par le docteur Gautier est quasi totale. Ce fait peut s'expliquer par trois fadeurs. Le premier : la très petite diffusion de son livre. Ensuite le fait que Gautier rom­pait radicalement avec les dog­mes sacro-saints tels que la pré­dominance des régulations ner­veuses, ce qui était absolument inadmissible dans l'esprit des sa­vants formés à bonne école. Enfin le fait que les travaux de Gautier ne se réclamaient pas d'un travail de laboratoire ou d'une équipe clinique contrôlée par des mesures et des statisti­ques rigoureuses. Dans l'esprit de beaucoup, ces idées n'étaient donc pas scientifiques ni sé­rieuses.


Les clés de l'arriération mentale.

C'est pourtant cette connais­sance précise, rigoureuse et fouil­lée des mécanismes glandulaires qui, seule, pouvait faire com­prendre le problème de l'arriéra­tion mentale. Là, l'utilité de la connaissance saute aux yeux, contrairement aux séminaires de savants qui se concertent sur tout sauf sur l'essentiel. L'arriération mentale, est un phénomène strictement glandulaire et Gautier qui en soigna par centaines en les améliorant considérable­ment ne craignait aucune contradiction à ce sujet car son expé­rience, en ce domaine était très grande,
Les psychologues pourront se retrancher derrière les médecins en disant que l'arriération est un problème médical. Peut-être, mais il est évident que si l'arrié­ration mentale est d'origine glandulaire, les stades intermédiaires, comme les retardés scolaires, les caractériels plus ou moins profonds, certains délin­quants, seront aussi d'origine glandulaire, avec des intensités moins importantes. On peut donc toujours agir glandulairement sur les caractériels comme sur les arriérés mentaux.
Et cette partie concernant les enfants arriérés, mongoliens ou caractériels profonds ou mineurs occupe une bonne place dans le livre du docteur Gautier. Il consi­dérait comme criminel de laisser ces enfants à leur sort, au déses­poir de leurs parents sous prétexte qu'on ne pouvait rien faire. Pour Gautier, cela était entièrement faux, les traitements de­vaient dès la petite enfance, opérer le changement souhaité qu'il était toujours raisonnable d'escompter, ce qui se vérifiait.


Hormones et carence affective.

Cependant, il ne faut pas dé­sespérer ; malgré les balbutie­ments de la psychologie de l'en­fant au dire de l'un des congres­sistes, des travaux et des obser­vations très importants se font jour concernant les hormones et la psychologie, et celle de l'en­fant en particulier.
En effet, il existe une affection qui, d'après le docteur Escoffier-Lambiotie (Le Monde du 11 juille1979) exprime clairement l'imbrica­tion très étroite qui existe entre l'organique et le psychique, entre la nature et l'environne­ment. Il s'agit d'un syndrome baptisé par les Américains de «nanisme de frustration» qui atteint un certain nombre d'en­fants. Ce syndrome est étudié chez nous par l'équipe des pro­fesseurs Pierre Royer et R. Rappaport. Le tableau clinique en est un retard extrême de la crois­sance donnant à l'enfant l'appa­rence d'un nain.
On a constaté que ces enfants, possédant un comportement agi­té, violent, nerveux, avec trou­bles intestinaux, insomnies, polyphagie et polydipsie spectaculai­res (désir incessant de manger et de boire même dans les fla­ques d'eau ou les cuvettes des toilettes), présentaient une caren­ce prononcée de l'hormone hypophysaire de croissance, la somatotrophine.
Mais on a remarqué une cho­se étrange et surprenante : lors­que ces enfants hypersensibles et émotifs sont séparés de leur milieu familial pour entrer quel­ques jours en service de pédia­trie, les taux d'hormone somatotrope redeviennent normaux au bout de 8 à 10 jours et la croissance se met à reprendre très nettement à une vitesse souvent spectaculaire (9,5 cm en 6 mois chez un enfant observé chez le Professeur Royer).
Ces enfants présentent donc une excessive sensibilité au mi­lieu, à l'entourage. Le change­ment d'une infirmière à laquelle s'était attaché l'enfant suffit par­fois à produire un blocage de la courbe de croissance avec re­tour à la polyphagie et polydip­sie. Dès que l'enfant, même complètement transformé, réintè­gre son milieu familial, il y a re­tour du syndrome avec chute spectaculaire du taux d'hormone hypophysaire somatotrope.

La conclusion s'impose donc : la production de cette hormone est liée à l'environnement psy­cho-affectif de l'enfant. Ceci n'est pas sans reposer le fameux problème des relations du physique et du psychique. On connaissait cette interaction depuis longtemps, mais on ne savait comment elle s'opérait ni par quels mécanismes. Là, les savants cernent la question, observent cliniquement, expéri­mentalement, la liaison hormo­nes environnement affectif. Pour­tant ils ne semblent pas encore posséder la clé de l'explication. Les psychologues sont alors obligés de fouiller les « mécanis­mes » affectifs des familles de ces enfants pour déceler où se cache la cause. Pourtant, la plu­part des familles concernées sont normales, sans facteur socio-économique défavorable et l'en­fant malade est, dans la fratrie, généralement le seul à présenter le trouble. La « famille » ne doit donc pas être le lieu de la recherche des causes d'un pareil syndrome. C'est l'enfant lui-même qui possède en soi l'ano­malie. Mais quelle est-elle ?


Encore la Thyroïde...

Si l'on reprend le cas de l'en­fant atteint de « nanisme de frustration » que constate-t-on ? Il s'agit d'un enfant hypersensible, hyperémotif, violent, nerveux, avec désir de dévorer : constat d'un fonctionnement très vif de la glande thyroïde, sans pour autant que le métabolisme basal soit anormal ; c'est ce dernier fait qui a détourné les médecins d'un diagnostic thyroïdien car ils ne constataient pas d'anomalie thyroïdienne au laboratoire. Le docteur Gautier ne cessa de pro­clamer que les glandes fonction­nent en équilibre et que par con­séquent l'hyperthyroïdie peut n'être que très relative : c'est-à-dire thyroïde normale par rap­port au laboratoire (mesure abso­lue) mais anormale par rapport à ses autres glandes qui ne vien­nent pas suffisamment contrer les réactions d'une thyroïde rela­tivement en excès ; ce peut être le cas de la surrénale.
Vraisemblablement, dans le "nanisme de frustration" la thy­roïde exerce une action antago­niste sur l'hypophyse en la mas­quant. Nous savons que c'est la thyroïde qui réagit au milieu et aux êtres. Il suffit donc que le milieu devienne plus favorable pour que disparaisse ce mas­quage hypophysaire. Mais pour­quoi le milieu familial est-il né­gatif contre un milieu hospitalier positif ? Il faut penser, avec le maximum de vraisemblance, que la thyroïde habituellement hyper­sensible de l'enfant vient à se modérer dès qu'il affronte un milieu inhabituel, milieu de pédiatrie par exemple : en effet, il est très connu que le change­ment de milieu exerce un effet sédatif général. Se changer les idées en voyageant correspond à cette donnée. Ainsi l'enfant se voit complètement régularisé au point de vue thyroïdien, et donc aussi hypophysaire (retour à un métabolisme de l'eau et des glu­cides normal) après quelques jours dans un autre milieu que le milieu habituel.
Malheureusement, il n'est pas probable que la responsabilité de la thyroïde soit repérée et, alors qu'une régulation endocri­nienne générale aurait raison de cette maladie, les médecins sont actuellement occupés à prélever des hypophyses sur des cada­vres afin d'en administrer les hormones à ces enfants. On n'a pas encore réussi à synthétiser la somatotrophine et celle de pro­venance animale ne suffirait pas.
Le problème de l'arriération mentale est peu éloigné de celui-là. En tout cas, officiellement, l'influence des glandes endocri­nes devient extrêmement impor­tante à tous les niveaux puisque même les psychologues doivent maintenant compter avec elles

Jean du CHAZAUD. La vie claire Octobre 1979